publié le 25 octobre 2009 par Eric Bernard
Depuis le 19 octobre et jusqu’au 7 novembre, deux journalistes français Jean ABBIATECI et Antonin SABOT sont en reportage pour Le Monde au Mali et au Sénégal. Ils tiennent un blog - Africascopie - relatant les conséquences de la révolution numérique en Afrique.
Ce blog amène deux réflexions.
D’abord, le format. En conjuguant l’écrit de leur réflexion à l’audio de leurs interviews (souvent plusieurs par billets), ils proposent un web reportage plus vivant, laissant plus la parole aux acteurs et donc moins parasités par le biais médiatique (c’est-à-dire la transcription subjective de ce qui est intéressant pour les lecteurs et ce qui ne l’est pas).
Et cela amène une deuxième réflexion. Le blog est-il un format journalistique ? Bien que cette question soit ancienne, elle continue à voir fleurir des arguments de part et d’autre.
Les deux journalistes du Monde font un choix intelligent. Ils ne prétendent pas répondre réellement en trois semaines à la question qui les conduit à ce reportage. Ils se contentent de descriptions au fil des rencontres (sans doute préparées de manière professionnelle mais qui donnent un réel dynamisme au projet).
Une analogie est alors possible. En français (la vision anglo-saxonne est un peu différente), l’anthropologie se construit en trois phases. L’ethnographie est descriptive, elle relate les faits. L’ethnologie, vient ensuite. Elle donne un sens aux faits, les ordonne, leur donne un sens. Enfin, l’anthropologie cherche l’universel dans la somme des analyses ethnologiques, elle les synthétise pour en chercher les invariants et les exceptions significatives.
Le blog journalistique ne devrait-il pas être comparable à l’ethnographie - à tort considérée comme un sous-produit de l’ethnologie puisqu’elle en est la substance - ? L’article assemblerait alors ces faits, ces opinions pour leur donner une portée plus large, en proposer des analyses, les inclure dans une temporalité et une socio-géographie permettant de distinguer l’anecdote de la tendance significative, et surtout opposer des visions divergentes pour permettre au lecteur d’avoir une vision plus objective des faits (la production journalistique ou scientifique est toujours subjective bien sûr par les choix qu’elle fait, mais l’opposition de deux visions divergentes permet d’ouvrir le débat au lieu de le fermer sur une vision unique). Un blog journalistique devient alors l’équivalent des notes de terrain mis à la disposition de tous, avant traitement et perte de l’unicité de la parole recueillie. Il n’y aurait pas d’opposition entre blog et article mais précédence, le blog fournissant une première matière à peine polie à la production journalistique. Que certains blogueurs n’aillent pas jusqu’à cette étape n’est pas une contradiction. Combien de très bons ethnographes n’ont pas su ou voulu synthétiser/systématiser leurs faits en des productions plus abstraites, s’appuyant sur des analyses qui les dépassent (l’économie, le politique...) ? L’équivalent de l’anthropologie serait alors l’article de fond, celui qui expulse la voix de celui qui parle, qui vont outre l’anecdote, pour donner dans le comparatif, dans l’universel, dans le théorique (pourtant nécessairement basé sur des faits) : les TIC ont-ils un impact sur le développement en Afrique ? Ce niveau d’analyse n’est pas toujours dévolu aux journalistes, et c’est par exemple dans le Monde Diplomatique qu’on le trouve sous la plume de chercheurs, d’essayistes, qui n’ont pas toujours produits d’articles plus descriptifs ou de blogs, mais qui s’appuient bien souvent sur les deux premières étapes de l’analyse journalistique.
Il ne fait aucun doute que cette proposition est discutable et que l’analogie a toujours ses limites. C’est d’ailleurs tout l’intérêt d’un blog (comme celui-ci) que de proposer des idées, des faits et non des analyses irréfutables basés sur des années de recherche, d’analyses et de réflexion. Mais elle me semble pouvoir mettre un terme au faux débat entre blogueurs et journalistes, pour peu que cette chronologie entre des étapes ne soit pas prise pour une succession de sous-produits, mais comme des produits intellectuels uniques qui ont leur propres valeurs.
publié le 21 octobre 2008 par Eric Bernard
L’édition 2009 du dictionnaire Robert fait des vagues.
Alors qu’historiquement les mots à double orthographe ont tendance à diminuer (par perte d’une graphie ou par, justement, l’intervention des lexicographes), le Robert 2009 les multiplie, tout comme l’avait fait avant lui le dictionnaire Hachette en 2002.
Les mots à double orthographe ne sont pas inconnus : clé ou clef - tout deux corrects - en est un exemple. Mais ce sont désormais 6000 mots (soit 10% du dictionnaire) qui posséderont deux orthographes pour qui suit le Robert.
Dans un paradoxal souci de simplifier la langue, le Robert autorisera donc par exemple "acuponcture" et "acupuncture", "parebrise" et "pare-brise", "pizzéria" et "pizzeria".
Cette modification d’orthographe aura un impact sur l’apprentissage du français, sur le monde de l’édition, du journalisme. Mais également sur le web.
Il y a en effet une relation entre orthographe et référencement.
Une recherche sur "chariot" renvoie près de 10 millions de réponses sur Google. "Charriot", nouvelle orthographe acceptée, seulement 105 000. Si la double graphie se banalise, c’est bien sur les deux mots qu’il faudra faire une recherche, et sous les deux mots qu’il faudra être référencé. Un exemple éclairant est celui d’"imbécillité", qui prennait deux l jusqu’ici. Cette graphie (qui aurait pu être supprimée plutôt que doublée) renvoyait 97 400 réponses. La faute d’orthographe (qui désormais ne l’est plus) en renvoie 67 900, soit un écart minime.
Relativisons tout de même. La plupart des mots à double orthographe entrés dans le Robert sont des mots composés ou des termes étrangers francisés. Hormis le placement dans les moteurs de recherches, les deux orthographes renvoient dans ce cas globalement les mêmes résultats (ainsi pizzeria avec ou sans accent, pare-brise avec ou sans tiret).
Disons simplement pour conclure que si le Robert simplifie la langue, il ne simplifie pas la recherche des textes qui l’utilisent.
publié le 19 octobre 2007 par Eric Bernard
Une chose qui donne particulièrement à réfléchir dans cette vidéo évoquant quelques réalités sur l’évolution technique est le point suivant :
"Les 10 emplois les plus demandés en 2010 n’existaient pas en 2004.
Nous préparons des étudiants pour des emplois qui n’existent pas encore...
utilisant des technologies qui n’ont pas encore été inventées...
afin de résoudre des problèmes que nous n’avons pas encore identifiés en tant que tels."
publié le 17 octobre 2007 par Eric Bernard
Une nouvelle publication sur l’insertion du Maghreb dans l’économie numérique vient de s’ajouter au catalogue de l’IRMC (Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain).
Cet ouvrage, sous la direction de Mihoub Mizouaghi, regroupe une quinzaine d’articles regroupés en 3 sections. La première concerne les logiques de l’appropriation des TIC au Maghreb. La seconde porte sur les aspects règlementaires et de régulation. La troisième met l’accent sur les territoires et l’économie numérique à travers les technopôles.
Voici le résumé de l’ouvrage tel que présenté dans la plaquette ci-joint :
Dans un contexte marqué par la globalisation économique et technologique, la diffusion croissante des technologies de l’information et de la communication (TIC) modifie de manière significative les pratiques
d’échange, de production et d’apprentissage.
Néanmoins, les modes d’introduction et d’appropriation des TIC divergent et tendent à renforcer les inégalités Nord-Sud en matière de
développement économique et humain. Ces inégalités traduisent-elles la coexistence de trajectoires d’inclusion ou d’exclusion des réseaux
numériques ?
Le Maghreb dans l’économie numérique s’attache à établir un lien entre les dynamiques socio-économiques induites et la manière avec laquelle co-évoluent plusieurs dimensions institutionnelles – qui découlent notamment des dispositifs juridiques et plus globalement des politiques publiques. Cette démarche qui prend en compte la spécificité des
contextes institutionnels et la diversité des logiques d’insertion dans l’économie numérique, contribue à redéfinir les concepts de la
Société de l’information. Un éclairage particulier est porté sur les modes d’accès aux TIC, les contraintes d’usage et d’appropriation technologique
et les conditions d’émergence d’une industrie à forte valeur ajoutée dans le
contexte des pays maghrébins.