publié le 1er février 2009 par Eric Bernard
Cela faisait quelques années que sur la biographie en ligne de danah boyd figurait la mention de sa thèse en cours. Cette anthropologue américaine connue et reconnue pour son travail sur les réseaux sociaux vient finalement de l’obtenir à la fin de l’année de l’Université de Berkeley. Rapidement mise en ligne, elle s’intitule "« Sorti du contexte : la sociabilité des adolescents américains dans les espaces publics en réseau ».
Voici le résumé, dont j’assume la traduction française, et publié ici avec la gracieuse permission de l’auteur.
"Avec l’émergence des sites de réseaux sociaux tels que MySpace et Facebook, les adolescents américains ont commencé à les adopter en tant que lieux où marquer leur identité et socialiser avec leurs semblables. Les adolescents se sont servis de ces sites pour une grande partie de leurs pratiques quotidiennes – bavarder, flirter, plaisanter, partager de l’information, et tout simplement pour y passer le temps. Alors que les réseaux sociaux étaient principalement utilisés par les adolescents comme exutoire social partagé par leurs pairs, la nature inexplorée de ces sites générait de la crainte parmi les adultes. Cette thèse documente mes deux ans et demi d’études ethnographiques sur l’implication des adolescents américains sur les sites des réseaux sociaux et les manières dont leur participation contribuait à, et compliquait, trois pratiques : la représentation de soi, la sociabilité entre pairs et la négociation avec la société des adultes.
Mon analyse est centrée sur la façon dont les sites de réseaux sociaux peuvent être compris comme des espaces publics en réseau qui sont simultanément (1) l’espace construit par les technologies en réseau et (2) la communauté imaginée qui émerge comme résultat de l’intersection entre les gens, la technologie et la pratique. Les espaces publics en réseau connaissent certaines des pratiques existantes chez les publics sans médiation, mais leurs différences structurelles orientent souvent les pratiques de manière unique. Quatre propriétés – persistance, cherchabilité, réplicabilité, dimension – et trois dynamiques – les audiences invisibles, l’effondrement des contextes et la confusion entre public et privé – sont examinées et combinées tout au long de la discussion.
Alors que les adolescents utilisent principalement les sites de réseaux sociaux pour des pratiques ordinaires, les propriétés de ces sites modifient ces pratiques et les adolescents sont forcés de faire avec les dynamiques qui en résultent. Souvent, faisant cela, ils remodèlent la technologie en fonction de leurs objectifs. Au fur et à mesure que les adolescents ont appris à naviguer sur les réseaux sociaux, ils ont développés de puissantes stratégies pour gérer la complexité et les inconvénients sociaux inhérents à ces sites. Leurs stratégies révèlent comment de nouvelles formes de médias sociaux sont incorporées à la vie quotidienne, compliquant certaines pratiques et en renforçant d’autres. Les nouvelles technologies remanient la vie publique, mais l’implication des adolescents reconfigure également la technologie elle-même."
A part l’impatience que j’avais de lire ce travail, pourquoi en parler ici ?
Deux raisons principales :
l’une est la notion d’espace public, qui m’a donné bien du mal à la traduction. En effet le titre anglais est ""Taken Out of Context : American Teen Sociality in Networked Publics", or la notion de "Publics" n’existe pas telle quelle en français et d’ailleurs plusieurs pages de la thèse sont consacrées à sa définition. Pour l’auteur, ces réseaux sociaux sont à la fois des espaces et des communautés qui le partagent, au même titre qu’un parc public par exemple. Cela fait donc référence à la fois à l’espace public et à l’espace social. L’auteur est anthropologue, et la notion d’espace social est au croisement de l’anthropologie et de la géographie, avec de légères différences (l’espace social chez l’anthropologue Georges Condominas n’est pas le même concept que chez le géographe Paul Claval, par exemple). En l’occurence, ce qui est intéressant ici est l’analyse de la construction du social au sein d’espaces sociaux publics en réseaux.
cette étude est centrée uniquement sur les Etats-Unis et permet par extension de poser la question de l’usage de ces réseaux sociaux (et des technologies plus simples telles que le SMS, la messagerie instantanée, l’e-mail, les jeux en réseau) par les adolescents africains. A ma connaissance, aucune étude scientifique n’a porté sur la relation des TICs sur la construction sociale des jeunes sur le continent. Les hypothèses sont nombreuses et contradictoires, souvent limitées à des interviews de surface (donnant lieu à des réponses de surface). Mais le fait est qu’on ne connaît pas le public qu’est la jeunesse, qui pourtant représentent les clients les plus assidus des cybercentres et de grands utilisateurs de téléphones portables. La question est moins de savoir ce qu’ils utilisent ou même pourquoi, mais comment et avec quel effet sur leur rapport au monde. C’est là, il me semble, que l’intérêt méthodologique et conceptuel du travail de danah boyd prend tout son sens. Pour donner, comme toute bonne thèse, un chemin sur laquelle d’autres peuvent construire leur propre réflexion.
Il est possible que je revienne sur les raisons secondaires lorsque j’aurai digéré l’ensemble de l’étude - très agréable à lire au demeurant, ce qui est appréciable pour un travail universitaire - mais je réserve cela pour des billets ultérieurs.
Télécharger la thèse (en anglais) : http://www.danah.org/papers/TakenOutOfContext.pdf
Le site officiel de danah boyd : http://www.danah.org/
publié le 22 février 2008 par Eric Bernard
Le 5ème appel à production pour des articles journalistiques portant sur les médias et les TIC a été ouvert sur Haayo.org. Ce projet, issu de la collaboration entre l’Institut Panos Afrique de l’Ouest et OSIWA est composé d’appels réguliers (tous les deux ou trois mois) à production - dont les articles retenus sont publiés sur le site - et d’un concours annuel.
Le prix de la société de l’information 2008 est donc ouvert et se terminera le 15 mars.
Par ailleurs, l’ensemble des productions retenues lors des quatre premiers appels sont désormais en ligne sur le site Haayo.org.
Pour toute information concernant le projet Haayo : http://www.haayo.org
publié le 7 février 2008 par Eric Bernard
Une bonne nouvelle : après avoir subi des problèmes techniques, le satellite de télécommunication RASCOM a pu être repositionné sur son orbite.
Une mauvaise nouvelle : son temps de vie a diminué pour n’atteindre que 30 mois.
Pour plus d’information : http://fr.allafrica.com/stories/200802050806.html
publié le 6 février 2008 par Eric Bernard
Google Coop (pour Coopération) est une manière simple et gratuite de créer un moteur de recherche personnalisé.
Personnalisé dans le sens où c’est nous qui choisissons dans quels sites la recherche doit s’effectuer. Certes, il était possible dans Google de chercher un mot sur un site en utilisant le terme "site:nomdusite". Mais avec Coop, on peut choisir jusqu’à 3000 sites dans lesquels effectuer sa recherche.
L’intérêt principal ? La recherche ciblée et non générique (vous éliminez vous-même une grande partie du bruit).
La plus value ? La pertinence des résultats. Vous avez une trentaine de sites fondamentaux dans votre domaine ? En créant votre propre moteur de recherche sur ces sites, vous irez à l’essentiel lors de vos recherche.
Le risque ? Celui de ne pas chercher à remettre en question son propre choix de sites, ne pas le mettre à jour en éliminant ceux qui ne sont plus pertinents (ou plus mis à jour) et en n’ajoutant pas vos dernières découvertes.
Pour voir ce que cela donne sur les réalisations AK-Dev :
cliquez ici
publié le 5 février 2008 par Eric Bernard
Alexa.com est un système en ligne qui analyse le trafic généré par les internautes disposant de la barre d’outils Alexa. Cet outil permet de faire des classements entre les sites les plus visités.
Bien que plusieurs millions d’internautes l’aient installé, cette mesure est loin d’être exhaustive et, dans la mesure où le profil type et la répartition des membres de la communauté Alexa sont inconnus, les données fournies ne sont à prendre qu’à titre d’hypothèse et non comme des faits avérés.
De plus, pour les recherches par pays, seulement 6 pays d’Afrique sub-saharienne sont représentés (Côte d’Ivoire, Sénégal, Nigéria, Afrique du Sud et Maurice) laissant sous-entendre que très peu de membres d’Alexa sont dans ces pays (et aucun dans les pays voisins). La validité du sondage est alors très compromise.
Conscient de ces (importantes) limites, quelles hypothèses propose néanmoins Alexa pour les pays Ouest-Africains disposant d’information ?
Sans trop de surprise les sites les plus vus au monde le sont aussi en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Nigeria. Il s’agit de Yahoo !, Google et Windows Live. HI5 et Wikipedia ne sont pas loin, encore une fois alignés sur la tendance mondiale (autour du 10ème rang mondial pour les deux).
YouTube, troisième au rang mondial n’est que 8 ou 9ème dans ces trois pays. Si la vidéo est le média qui monte, et si l’ADSL se diffuse, la connectivité ouest-africaine ne permet pas encore de faire de la vidéo une habitude de navigation. Mais cela évolue et il est probable que Youtube montera prochainement dans les rangs des visites africaines.
Pour les portails nationaux c’est Seneweb et Rewmi que l’on trouve à la 12ème et 15ème place au Sénégal, Abidjan.net à la 7ème en Côte d’Ivoire (et à la 54ème au Sénégal) et Nairaforum (qui est plus un forum de communication qu’un portail d’information) à la 14ème place au Nigéria.
Une fois retirés les sites de rencontres, les sites de support informatique et les sites de partages de fichiers, deux remarques s’imposent.
Les sites des médias nationaux sont relativement absents. Au Nigeria The Punch est 18ème et le Sun est 27ème. Au Sénégal, l’Agence de Presse Sénégalaise est 33ème et l’Observateur 41ème. Walf Fadjri est le premier quotidien : 46ème. En Côte d’Ivoire, Fraternité Matin est le premier quotidien à la 54ème place.
Les web gouvernementaux sont pratiquement inexistants. 80ème au Sénégal, absents des 100 premiers en Côte d’Ivoire et au Nigéria.
Bien que sur ce deuxième point cela ne soit en rien une particularité de ces trois pays, cette information mérite sans doute d’être commentée et ouvre la porte à des opportunités pour les web des ministères et des directions pour produire et faire connaître leur contenu (je pense notamment à demarches.gouv.sn au Sénégal).
publié le 4 février 2008 par Eric Bernard
L’évolution technique est continue et la vision d’une Afrique avec des ordinateurs poussifs et des écrans verts et blanc fait partie du passé. Non pas que ces ordinateurs n’existent plus, ou que tout les ordinateurs présents sur le marché soient des bêtes de compétition, mais le marché africain est de moins en moins le cimetière des ordinateurs de (mauvaise) occasion de l’Europe ou d’ailleurs.
Que nous enseignent sur le matériel et les logiciels utilisés par les internautes les statistiques d’accès à certaines de nos sites (avant tout destiné à une audience africaine) ?
Windows est très majoritaire avec près de 95% d’usage, contre environ 2% pour Mac et pour Linux, au coude à coude.
Du côté des navigateurs, c’est Internet Explorer qui se taille la part du lion, avec environ 80% des accès, contre 15% en moyenne pour Firefox, 1% pour Safari, et moins d’1% pour une kyrielle de petits navigateurs (Netscape, Konqueror, Omniweb, Opéra...). Une surprise : l’arrivée récente en 2008 d’accès par PDA/téléphone portable.
C’est du côté des résolutions d’écran que l’évolution est peut être la plus grande, puisqu’avec 15% des écrans la résolution 800 x 600 est largement minoritaire. 50% des écrans sont en résolution 1024 x 768, et les 45% restants sont tous au delà de cette résolution : 1280 x 800 (ou 1024) et jusqu’à 1440 x 900.
Ces données ne sont pas issues d’une analyse exhaustive ni chronologique (l’évolution de ces chiffres n’est pas prise en compte). Elle permet néanmoins d’avoir une bonne vision de l’équipement de l’internaute africain moyen : Windows, IE et résolution 1024 x 768.
Les données sur la connectivité sont trop imprécises (trop d’"inconnue" pour être utile) pour être vraiment valides mais semblent indiquer que l’accès ADSL est majoritaire, avec un accès dial-up ayant pratiquement disparu.